Résumé des chapitres précédents : Charles Villepou s'est confessé d'avoir trompé son fils Sébastien avec Jessie son ex, auprès du prêtre de la famille.

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Chapitre 46

Jessie chez le gynécologue.

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   En cette mi-septembre, Jessie continuait d'éprouver des choses étranges dans son corps, des sensations nouvelles, des nausées aussi.

   Elle décida de consulter.

    Jessie était allongée les cuisses encore écartées. Le gynécologue venait de lui palper les seins, son doigt prolongeait le toucher vaginal pour s'assurer du diagnostic mais parce qu'aussi le corps si accompli de la jeune femme lui devenait désirable. Jessie en eut un trouble qu'il perçût et qu'il partageait.

   Il se déganta comme à regret.

   -   Mademoiselle, vous êtes enceinte.

  -   Ah !

  -  ça s'est passé quand ?

   Jessie se concentra.

  -  Ah Mai ! le mois de Mai...

   -   Mais encore …

   -  Quoi, mais encore ?

   -  Mi-mai, fin mai, début mai.

  -   Mi-mai je crois.

   -  Eh bien jeune fille je vous informe que vous êtes enceinte.

   Jessie pâlit.

  -  Je vous fais une échographie, venez.

     Malgré la surprise Jessie éprouva une curiosité et une émotion à voir les contours de la créature dont le coeur battait dans son ventre...

  -  Vous voulez savoir le sexe ? le questionna le gynécologue.

  -  Pas aujourd'hui fit Jessie, j'ai ma dose.

  -  La dose ! ?

  -  Oui la dose, que voulez-vous que j'en fasse de cette chose !

  -  Vous pouvez vous rhabiller.

   Dans son bureau il lui dit :

  -  Grossesse pas désirée ?

   - Disons que ce n'était pas le but du jeu, de plus il y a plusieurs pères possibles.

   - Ah d'accord le but du jeu, vous jouiiez, je comprends, enfin je comprends, je comprends ...

   Le gynécologue se mordit les lèvres. Décidément pensa t-il c'est l'époque, l'on baigne dans les amours plurielles. Et voilà le résultat. Encore une qui dévoie et récuse l'amour en particulier et les hommes en général et ne s'envoie que les sexes.

   - Vous ne vous protégiez pas ?

  -  C'était selon mon humeur.

    Elle se souvenait du moment où elle avait sentit le flux de Charles Villepou couler en elle et qu'au même instant Sébastien Villepou le fils, son ex lui téléphonait et alors que se tournant un peu pour saisir le téléphone elle lut l'heure sur le cadran du radio réveil. " C'est ça Sébastien ! et toi tu es le fils d'un vrai salaud."

  - Je ne vous demande ni la seconde, ni l'heure, renchérit le gynécologue.

  - Je peux vous les donner. Il était dix-huit heures trente cinq.

   Jessie revoyait la scène, le père en elle, le fils au téléphone, le cadran du radio-réveil aux chiffres verts, un, huit, deux points, trois, cinq.

  -  Il a quel âge le père ?

  -  Quel père, je vous ai dit qu'il pouvait y avoir plusieurs pères ! c'est soit le fils soit le père...

   Le gynécologue écarquilla les yeux.

  -  Ben oui puisque j'ai couché et avec le fils et avec le père, mais le fils ne m'a jamais consommée, ce serait plutôt le père .

  -  Pas d'autres hommes ?

  -  Si, mais sans pénétration.

    Le gynécologue n'insista plus, chaque jour il recevait des foldingues du sexe dans son cabinet.

  - Il faudra que vous vous soumettiez aux examens du sixième mois .

  - Mais docteur je n'en veux pas du polichinelle.

  - Sauf mademoiselle, que nous sommes à la mi-septembre et que le délai de douze semaines durant lesquelles vous avez la faculté de ne pas accepter l'enfant est bien dépassé. Vous ne pouvez que le garder.

  - J'irai à l'étranger.

  - Soit, mais réfléchissez, consultez, quelles que soient votre philosophie, vos appréhensions ou difficultés, c'est une vie que vous avez conçue, revenez me voir au besoin. J'insiste, et je n'insisterai jamais plus, c'est une vie que vous avez en vous, une créature bien vivante et réelle et non virtuelle.

   Posez vous quelques jours, et une fois encore venez me voir ou d'autres pour prendre conseil. Mais l'étranger est une bien mauvaise idée. Et le garder est naturel... réfléchissez …

   En sortant de chez le gynécologue elle se souvint qu'elle s'était offerte sans protection à Philippe Lebolduque. Lequel alors ?. Elle serra les lèvres, le père ce serait Charles Villepou.

     Jessie à vingt cinq ans faisait le pari qu'elle était enceinte du père de son ex-futur mari. Elle l'avait trouvé le plat de la vengeance qui se mange froid et qui maintenant se présentait sous la forme de cette petite chose en noir et blanc qui palpitait et qui se réchauffait dans son ventre.

     Et si elle en était là c'est aussi qu'elle l'avait bien provoquée. Ainsi donc Charles Villepou l'avait fécondée.

     Ses vieux ne la pénétraient pas, et le fils Villepou non plus. Lebolduque, ah ce Lebolduque ! Non ce serait Villepou, ce ne pouvait être, ce devait être, ce serait, c'était Charles Villepou !

   Qu'allait-elle faire de cette victoire, de ce foetus bel et bien installé dans son ventre. Avorter c'était clôre l'épisode, et ne léser qu'elle même. Mais l'étranger lui paraissait un fantasme, elle ne s'imaginait pas s'embarquer dans l'aventure et elle était un peu peureuse.

   Alors garder l'enfant ? Elle pouvait même imaginer que cette situation nouvelle, cette maternité - ce mot la titillait et une très fine brume de bonheur la traversait, elle portait, elle Jessie, elle Jessie la pute, elle portait une créature vivante - que cette maternité pouvait constituer une session de rattrapage, conduire à une réconciliation, susciter le sentiment, et remettre à l'ordre du jour les projets de fiançailles et de mariage en faisant endosser par le fils la paternité de l'enfant du père qui deviendrait le grand-père et le père de son petit fils ou de sa petite fille sans trait d'union.

    Mais Sébastien savait qu'il n'avait pas joui en Jessie où alors il fallait s'empresser de renouer avec lui et de feindre et de le pièger ainsi, lui faire une scène à la Manon Lescaut, l'étourdir, l'affoler et du même coup le séduire en lui interdisant cette fois de conclure son oeuvre dans le lavabo de la salle d'eau. Tout ça était bien sordide.

    Alors lorsqu'elle annoncerait sa maternité, Sébastien ne pourrait que s'en reconnaître le père, tandis que Charles heureux d'échapper au scandale ne broncherait pas et alors de nouveau Jessie Cassegrain retrouvait un avenir garanti, aux apparences honorables, et aux arrières assurés.

   Elle se dit qu'elle irait le week-end prochain, elle irait frapper un grand coup chez les Villepou et leur déclarerait : " Voilà je suis enceinte ! " Elle observerait leurs réactions, puis aviserait. L'existence de cette être vivant dans son ventre, cette vie sur laquelle le gynécologue avait tant insisté, cette vie qu'elle avait perçue en mouvement la bouleversait subrepticement, elle la cynique, la revenue de tout.

                                                            *

    Jessie ne répondait plus aux vieux pervers qui la sollicitaient . Elle ne partit plus en quête de sexe. La queue de ces vieux cons lui devenait soudain et naturellement incongrue, déplacée, obscène, au regard de son évènement intime.

     Pourtant c'était bien une queue d'un presque vieux qui l'avait fécondée qui l'avait rendue enceinte d'un polichinelle qui obérait son avenir sentimental ou lui redonnait vie pour peu qu'elle décidât de le garder renonçant du coup à recourir à des manoeuvres maléfiques à l'encontre des Villepou.

     Des flux de pensées contradictoires la bousculaient et perturbaient. Allait-elle détruire les Villepou en révélant les faits, allait-elle éjecter la petite chose qui était en elle, allait-elle la garder et jouer le jeu de la grand réconciliation ? Allait-elle être mère ? Sublime épilogue rédempteur.

    En sortant de chez le gynécologue ce mardi treize septembre le jour de la saint-Aimé, Jessie avait plein de petits papillons dans la tête

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14052013 .

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A Suivre

   Un extrait du Journal de Charles Villepou

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